Le théâtre met le football à l’honneur !

Le 02/05/2016


 

« Italie – Brésil 3 à 2 » pièce de théâtre de David Enia, retrace, comme son nom l’indique, la rencontre historique des deux nations lors de la coupe du Monde de 82. Mieux que le match, le ressenti du match raconté par un Italien.

Nous sommes le 5 juillet 1982, en Espagne. L’équipe Italienne, qui n’est pas à son avantage, se retrouve à affronter le monstre brésilien pour se qualifier en demi-finale.

Il s’agit d’un monologue et pourtant, l’auteur parle au nom des nombreux membres de sa famille, typiquement italienne, solennellement installée devant l’un des premiers postes de télévision en couleurs acheté pour l’évènement. Davide Enia a alors 8 ans, et est particulièrement attentif aux gestes de chacuns qu’il rapporte avec humour: les prières de la mère chapelet en main, les centaines de Nazionali fumées par l’oncle, les tasses de café enchaînées, les injures… Les rites d’une famille profondément Sicilienne.

« Au milieu du terrain de la pièce, dans son fauteuil: mon père, la jambe gauche croisée sur la droite. Les doigts qui tambourinent sur les bras du fauteuil. Mon père doit dire: « oh con! » selon un rythme totalement aléatoire. Assis à côté de mon père il y a mon oncle Peppe, son frère. Maillot blanc. Pantalons de couleur claire. Chaussettes vertes. Les mêmes vêtements pour tous les matchs où joue l’Italie. Toujours les mêmes. Mais seulement pour les matchs où joue l’Italie. Et surtout, jamais lavés: « Parce que sinon, la chance, elle reste dans la machine. »

Nous sommes assis avec les membres de cette famille et pourtant, par la force du récit de Davide Enia, même à travers un écran, même devant un acteur sur un fond noir, même à travers des lignes, nous sommes à cette coupe du Monde.

On suit le narrateur dans son exaltation, ses peurs, ses déceptions. Nous ne pouvons voir l’action qui se déroule sur le petit télévisieur, mais nous la ressentons. Nous vivons nous aussi exaltation, peurs, déceptions. Le suspense retient notre souffle à chaque action.

Et quand survient le premier but de l’Italie, c’est l’éclatement de joie. On n’y croit à peine, mais vite, les esprits retournent à la raison, le Brésil marque son but attendu. Le match se poursuivra ainsi : égalité, un point pour l’un, un point pour l’autre, égalité, tirs au but… VICTOIRE DE L’ITALIE !

Score final: 3-2 pour l’Italie.

C’est l’apothéose. L’Italie n’a pas encore gagné la coupe, mais la joie en est plus forte encore. Ce match est un miracle, la victoire de David contre Goliath.

A travers ce portrait pittoresque, ce sont les valeurs du football qui sont dépeintes. Davide Enia nous montre un football d’antan, où la gloire n’est pas dans le prix d’un joueur ou dans la pub qu’il a tourné, mais dans la victoire offerte à tout une nation. Car ici c’est un seul portrait de famille Italienne; mais lors de cette soirée de coupe du Monde, il y en avait des millions, qui n’y croyaient pas, mais qui priaient tout de même.

David Enia, né en 1974, passe son enfance à jouer au football dans les rues de sa Palerme natale. Passionné de théâtre et de football, il a l’oeil de l’artiste lorsqu’il observe cette parade sportive. Ses oeuvres émanent d’authenticité; il est récompensé des prix Ubu, Tondelli et ET.

Festival d’Avignon, Théâtre de Nice, de Marseille… une tournée à succès. En attendant la prochaine, nous vous conseillons de lire l’oeuvre de Davide Enia. Passioné par le football ou non, qu’importe ! Ici la beauté n’est pas dans le football en lui-même, mais dans l’émotion qu’il exhale.

Par Natacha Dray