Divinement foot

Le 07/07/2016


Au premier abord, le football et la religion n’ont pas grand chose en commun. pourtant, les deux mondes sont fortement imprégnés de rituels, procurent à leurs fidèles des expériences intenses, sont marqués par la hiérarchie, l’autorité, les idéaux, et les symboles. « Divinement Foot » souligne que, comme une liturgie, les matches de football rythment la vie de nombreuses personnes. Dans les reportages sur le sport, il est fréquemment question de vénération, de sauveurs, de saints, voire de dieux du foot. Et les supporteurs répandent eux-mêmes des slogans comme « le foot est ma religion ». Phénomène international, le football serait-il devenu une religion mondiale ?

La comparaison entre un calice catholique et une coupe de championnat de football invite à réflechir sur les pratiques rituelles auxquelles ils sont liés tous les deux. Dans la liturgie chrétienne, le calice rappelle la coupe de vin de la Cène, employé dans la célébration eucharistique pour la consécration du vin, devenant ainsi le sang du Christ. Le trophée remporté par l’équipe victorieuse du championnat emprunte la forme du calice, peut-être en raison du rapprochement avec le Saint Graal, objet mythique de la légende arthurienne, recherché par les chevaliers de la Table ronde.

L’expo illustre chaque thème avec des photographies d’évènements marquants ou de personnalités importantes du monde du football. Professionnels reconnus et anonymes émérites se rejoignent ici en une fresque où bouddhistes, musulmans, athées, chrétiens, ou adorateurs du ballon rond se rejoignent sous l’étendard de la Madjer et du ciseau acrobatique. Les publicitaires en arrivent à exploiter le filon, en témoigne la représentation biblique monumentale que la marque Adidas a détourné dans le style des églises baroques en remplaçant les anges et les saints par Zidane, Beckham et autres Ballack.

Le hasard et les croyances ont une part importante dans le footballe. Des marabouts même suivent les rites sacrificiels pour tenter d’influencer l’issue des matchs, comme la photo sublime de l’artiste Guus Dubbelman qui immortalise l’une de ces cérémonies pendant la C.A.N 2008. 2 ans plus tôt, en Allemagne, le marabout vaudou togolais Serge Hounkpatin avait construit un autel pour soutenir l’équipe nationale, supposé influencer l’arbitre et la manière de jouer des équipes adverses.

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On arrive à celui qui, mieux que personne, incarne cette déification des footballeurs. Pour beaucoup, particulièrement en son Argentine natale, il y a quelque chose de divin chez lui, et ce n’est pas par hasard que son visage a été choisi pour représenter cette exposition « Divinement foot ». Je veux bien entendu parler de Diego Armando Maradona. Dans les années 1980, Carmine Alcide, propriétaire d’un café à Naples y installe un autel à la gloire de Diegum Armandus Gennarino Maradona I. Ce dernier subit en 2000 un infarctus du myocarde, et des supporters du monde entier prient pour un prompt rétablissement avec une ferveur quasi-religieuse. Naples, ville sainte du football, puisque si l’on se rend du côté de la Via San Gregorio Armeno, les statuettes de héros du foot côtoient celles des personnages de la crèche.

Le héros de 1998, c’est lui, Zinédine Zidane. Que ce soit en statue, en poster, ou en imprimé géant à l’entrée de Marseille, sa ville d’origine, « Zizou » est l’un des visages les plus connus du football français, et ce avant même d’inscrire un doublé en finale de Coupe du Monde. Et c’est loin d’être le seul, Henry, Cristiano Ronaldo, Drogba, la liste de ceux qui ont été immortalisés par des statues et des photos est longue, comme en témoignent les exemples proposés par l’exposition.

À ce statut de dieux vivants, les joueurs ajoutent parfois celui d’idoles, de véritables héros. C’est ainsi que certains ont hérité de surnoms pour le moins mélioratifs : Johan « El Salvador » Cruyff, « San » Marco van Basten, autant de noms mis sur un piédestal, portés aux nues, et ce quoi qu’en disent les hérétiques de la grande Église du football.

Stades, supporteurs, maillots et bien sûr Olympique Lyonnais, l’exposition « Divinement foot » ravira tant le fan aguerri que le curieux néophyte curieux jusqu’au 4 septembre, au 1, place du Petit Collège, 69005, Lyon.

Crédits photos: Guus Dubbelman / gadagne.musees.lyon.fr

Par Jules Delabre